Pourquoi on vous refuse la Postcard

Taxis, foodtrucks et autres petits commerces: la PostFinance Card est une des cartes de débit les plus refusées en Suisse. En cause: l’incompatibilité avec des nouveaux terminaux de paiement

Au moment de régler un achat, on demande par précaution: «Vous prenez la carte?» La réponse est devenue habituelle: «Toutes sauf la Postcard!» Fatigués de la répéter, certains commerçants vont même jusqu’à l’afficher sur un petit écriteau à côté de la caisse. Les utilisateurs y sont accoutumés. «Il faut toujours avoir du liquide sur soi», reconnaît Tom Rieubon, un jeune homme, client chez PostFinance.

La PostFinance Card n’est pas acceptée partout. Encore moins depuis l’arrivée, début 2010, d’une nouvelle génération de terminaux de paiement mobiles. Les deux leaders dans ce domaine s’appellent SumUp ou myPOS. Ils proposent des boîtiers reliés au smartphone qui sont venus secouer le marché des bornes de paiement électronique traditionnelles, comme SIX, CCV ou Concardis.

«Ces nouveaux boitiers sont moins chers, plus pratiques à transporter et ils n’ont pas besoin de wifi car ils se connectent directement avec le téléphone via bluetooth», s’enthousiasme Antonio Schwab, le patron du restaurant Street Kitchen à Lausanne, qui a fait le choix de travailler avec SumUp. En effet, un tel boitier coûte environ 50 francs. myPOS propose des terminaux avec imprimante de tickets dès 299 francs, alors que les concurrents avoisinent les 2’000 francs.

Ces nouveaux terminaux séduisent en particulier taxis, kiosques, restaurants et autres petits commerces. Problème: ils refusent la Postcard, alors qu’ils acceptent les cartes de débit des concurrents, que ce soit UBS ou Raiffeisen. «Ça m’embête un peu, reconnait-il. J’ai déjà perdu quelques clients lors de rares occasions. Malgré cela, ce boitier reste le meilleur compromis.»

«L’achat d’un terminal prenant en charge la Postcard est plus coûteux et donc moins intéressant pour un commerçant», confirme Ralf Beyeler, spécialiste chez Moneyland.ch, un service comparatif pour banques et assurances.

Une incompatibilité technique

Pourquoi la Postcard est-elle aussi mal acceptée? Contrairement aux autres banques, qui proposent des cartes de débit Maestro, un système de paiement largement accepté à l’international et pouvant fonctionner avec SumUp et myPOS, PostFinance fonctionne avec son propre système, qui est compatible avec moins de terminaux, surtout à l’étranger.

«PostFinance nous demande une certification à un prix exorbitant, s’indigne Malik Khalfi, directeur de l’entreprise Be-Cash, qui vend les systèmes de paiement mobiles myPOS. «Une telle somme m’empêcherait de vendre des boîtiers à des prix aussi attractifs.»

Intitulé ep2, ce protocole de paiement suisse a été adopté par 90% de tous les terminaux de paiement en Suisse. Mais «c’est un système dépassé, dénonce Malik Khalfi, nous pouvons nous en passer». Et les 2,9 millions de détenteurs de Postcard qui voient leur moyen de paiement refusé? «Plus de 90% des gens possèdent une deuxième carte», répond le directeur.

Obligation de créer un compte PostFinance

Chez SumUp, un partenaire d’UBS, on refuse de travailler avec PostFinance, qui exigerait «trop de paperasserie». De plus, il ne suffit pas d’avoir un terminal «Postcard-compatible». Selon une directive particulière de La Poste, pour accepter le paiement d’une Postcard, un commerçant doit posséder un compte chez PostFinance. Un cas unique en Suisse.

Cette condition est rédhibitoire pour certains petits commerces. D’autres l’acceptent à contrecœur, pour rendre service aux clients: «Deux comptes différents, c’est une charge administrative en plus», explique Walter Ferrari, fondateur et gérant du restaurant Mexicana à Lausanne. Dans son restaurant, 10% seulement des paiements électroniques sont effectués avec la Postcard, le reste étant effectué avec d’autres moyens du type Maestro, Visa ou Mastercard.

Vers l’abolition de la directive 

Contactée, La Poste reconnaît que sa carte est refusée dans certains points de vente «en particulier dans le domaine de l’hôtellerie et de la gastronomie». Elle se défend: «En fin de compte, ce sont les clients qui décident si la PostFinance Card a encore une utilité. Avec environ 1 million de transactions par jour, les chiffres parlent d’eux-mêmes.»

La banque jaune annonce également qu’elle compte abolir la directive qui exige l’ouverture d’un compte PostFinance, dans un avenir lointain: «C’est un projet de grande envergure que nous avons mis en route il y a quelques mois.»

Cette mesure ne suffira pas à convaincre les nouveaux acteurs tels que myPOS et SumUp de collaborer avec La Poste. D’après eux, les défauts de PostFinance sont trop nombreux. Alors que ces entreprises séduisent de nouveaux commerçants, la Postcard sera de plus en plus souvent refusée.

Crédits
Guillaume Carel (journaliste)
Article original Le Temps (lien)

Publications récentes

Laisser un commentaire

Contactez-nous

Nous sommes actuellement occupés, toutefois, laissez-nous un message et nous prendrons contact avec vous très rapidement.

0

Start typing and press Enter to search

0